Djéwal : la rencontre avec les ennemis de l'Islam Vers la fin du 19e siècle, alors que la politique de domination de la puissance coloniale était totale ou en passe de l'être, Cheikh Ahmadou Bamba ordonna à ses disciples le mouridisme, un Islam authentique et débarrassé de toute innovation. Le Cheikh entreprit alors de professer en public un culte exclusif à ALLAH. Les foules affluaient de toutes parts vers Cheikh Ahmadou Bamba qui fonda alors en 1887 la ville de TOUBA pour mieux servir la Cause d'ALLAH. L'influence de Cheikh Ahmadou Bamba devenait de plus en plus considérable et ne manquait pas aussi de rendre jaloux certains chefs religieux traditionnels qui voyaient nombre de leurs disciples les quitter pour le Cheikh. D'autre part, la présence auprès du Cheikh d'anciens membres de familles de résistants à l'impérialisme, devenus nouveaux disciples, ne tarda pas à susciter de vives inquiétudes chez les autorités françaises dont la tutelle a toujours rencontré dans le pays une résistance acharnée. Aussi, Cheikh Ahmadou Bamba ne tarda-t-il pas à devenir l'objet d'une stricte surveillance. D'ailleurs, les craintes perpétuelles éprouvées par les pouvoirs administrants de cette époque à l'égard du Cheikh n'ont pas manqué d'être soulignées dans les rapports adressés jusqu'en 1915 au Gouverneur du Sénégal par ses administrateurs. En l'an 1311 de l'Hégire (1893 dans le calendrier grégorien), au cours d'une retraite spirituelle, le Seigneur fit comprendre à Cheikh Ahmadou Bamba que les nombreuses épreuves inhérentes à son destin ne sauraient l'atteindre tant qu'il resterait à Touba qui est sous la protection de la toute-puissance divine et lui intima l'ordre de quitter la cité de TOUBA. C'est ainsi que le Cheikh quitta Touba pour se fixer dans le Djolof (province au centre du Sénégal) à MBacké Baari. Le 10 août 1895, la troupe coloniale dirigée par le commandant Leclerc devait aller à MBacké Baari pour l'arrestation du Cheikh. Le samedi 18 safar de l'an 1313 de l'hégire (11 août 1895), Cheikh Ahmadou Bamba sait que l'heure de la mission a sonné et quitta la résidence qu'il avait construite à MBacké Baari pour l'acquisition et la diffusion de la science. Son départ conïcida avec le départ de Louga du Commandant de la troupe chargée de son arrestation). Ils se rencontrèrent à Djéwal au soir du même jour.
Principaux évènements relatifs à la vie de Ch. Ahmadou Bamba 1853 ou 1854 Naissance de Cheikh Ahmadou Bamba. 1883 Cheikh Ahmadou Bamba appelle ses disciples à un culte exclusif à ALLAH, conforme au message du Prophète Mouhammad (PSL) : le mouridisme. 1887 Cheikh Ahmadou Bamba fonde la cité de Touba pour mieux servir ALLAH. 1888 Rapport de M. l'Administrateur Leclerc au Directeur des Affaires Publiques de la Colonie Française du Sénégal sur les prétendus agissements de Cheikh Ahmadou Bamba. 1889 Inquiétude des autorités françaises devant l'influence croissante de Cheikh Ahmadou Bamba. Juillet 1889 Politique de conciliation du Gouvernement Clément Thomas. 1893 Cheikh Ahmadou Bamba quitte Touba sur ordre du Seigneur et vient s'installer à MBacké MBaari dans l'attente de sa mission. Mars 1895 Lettre de Cheikh Ahmadou Bamba dans laquelle il déclare aux autorités qu'il n'avait besoin de rien en ce bas monde futile et périssable. 10 Août 1895 à 14 h L'administration coloniale arrête Cheikh Ahmadou Bamba à Diéwol. 5 Septembre 1895 Réunion du Conseil Privé de la Colonie du Sénégal sur l'internement de Cheikh Ahmadou Bamba - P.V. n 1 - Délibération n 16. 21 Septembre 1895 Cheikh Ahmadou Bamba quitte le Sénégal pour être exilé au Gabon. 11 Novembre 1902 Retour de Cheikh Ahmadou Bamba au Sénégal. Février 1903 Nouvelles inquiétudes des autorités françaises. Mai 1903 Refus en ces termes de Cheikh Ahmadou Bamba de se rendre à une invitation à St-Louis (du Sénégal) du Gouverneur: "Je suis le Captif d'ALLAH et ne reconnais point d'autorité autre que la sienne". Juin 1903 Opération sur MBacké avec un détachement de 150 Tirailleurs et 50 Spahis. 14 Juin 1903 Cheikh Ahmadou Bamba se constitue prisonnier. 19 Juin 1903 Cheikh Ahmadou Bamba est envoyé en résidence obligatoire à Saout-El-Ma, en Mauritanie, auprès du Cheikh Sidya. Avril 1907 Retour de Cheikh Amadou Bamba au Sénégal avec mise en résidence à Thiéyène (cercle de Louga). 15 Janvier 1912 Retour de Cheikh Amadou Bamba avec mise en résidence surveillée à Diourbel. Janvier 1919 Elevation de Cheikh Ahmadou Bamba à la dignité de Chevalier de le Légion d'Honneur, distinction qu'il n'a pas accepté de porter et nomination au Conseil Supérieur Consultatif aux Affaires musulmanes en Afrique Occidentale Française (A.O.F). Novembre 1925 Cheikh Ahmadou Bamba demande l'autorisation de la construction de la Grande Mosquée de Touba (demande effectuée par Serigne MBacké Bousso). 19 Juillet 1927 Rappel à ALLAH du Cheikh Ahmadou Bamba (au terme d'un séjour terrestre équivalent au nombre de versets de la sourate "Les Groupes" dont l'issue est la récompense d'une vie entièrement consacrée à ALLAH).
"C'est dans ce lieu, écrit-il, qu'ALLAH m'a montré toutes mes imperfections et m'a purifié de celles-ci, au point qque j'étais devenu le Serviteur de l'Envoyé (le prophète Mouhammad, béni soit-il)." "Je me suis entretenu avec ALLAH - qu'il est Exalté et Sublime - durant ces années, à travers des écrits qu'il n'est pas permis et ne sera jamais permis de divulguer" "Celui qui est affligé de ma qualité de Serviteur du Prophète lors de mon exil, ignore les secrets de mes vertus : mon seul but, en dehors des versets du Coran, est la Tradition Authentique de l'Elu (Mouhammad Al-Mustafa), le Plus Pur, sur lui les deux saluts de Celui qui fait don de sa Guidée."
Le Conseil Privé du 5 Septembre 1895 :

Cheikh Ahmadou Bamba détenteur du flambeau de l'Islam
Arrêté à Diéwol, Cheikh Ahmadou Bamba est transféré au bureau du Gouverneur de l'administration coloniale à Saint-Louis du Sénégal. Le Jeudi 5 Septembre 1895, à neuf heures du matin, Cheikh Ahmadou Bamba est traduit devant le Conseil Privé de Saint-Louis qui doit statuer sur son cas. D'après l'historien Serigne Moussa Ka, le lieutenant Yoro Coumba Sow et l'interprète Doudou Seck Bouel Mogdad étaient présents lors de la rencontre.

La phobie de l'administration coloniale à l'endroit de tout mouvement islamique font que les jugements rendus au Conseil Privé constituent souvent des procès d'intention au chefs religieux. Dans le rapport de Merlin, directeur des affaires politiques au Conseil Privé du 5 septembre 1895, on peut lire ceci: "Les agissements des ses talibés [disciples] et le passé même du marabout [Cheikh Ahmadou Bamba] montrent clairement que nous avons affaire en lui à un homme fort intelligent, très avisé, habile à ne pas se compromettre, et dont l'esprit d'hostilité, les projets de conquête, les rêves d'ambition sont certains et poursuivis avec une obstination qui, si elle dénote un esprit de beaucoup supérieur à celui de ses congénaires, n'en est que plus dangereuse à notre influence..."

Cheikh Ahmadou Bamba fit une prière de deux rakkas dans le bureau du Gouverneur avant d'adresser la parole au Conseil pour lui signifier sa ferme intention de ne se soumettre qu'à ALLAH. Par cette prière symbolique et cette prise de position téméraire dans le sanctuaire des négateurs de l'Islam, Cheikh Ahmadou Bamba venait d'impulser une nouvelle forme de résistance non violente aux visées évangélistes du colonisateur.

Se fondant sur des rumeurs et des affabulations, le Conseil Privé décida de la déportation du Cheikh "en un lieu où ses prédications fanatiques n'auraient aucun effet". Ils décidèrent de l'exiler dans la forêt équatoriale du Gabon, où le Cheikh séjourna pendant sept ans et neuf mois.

PROCÈS-VERBAL DE LA RÉUNION DU CONSEIL PRIVE

"Le Jeudi 5 septembre 1895 à 9 heures sur convocation du Gouverneur, le Conseil Privé s'est réuni dans la salle ordinaire de ses délibérations.

Etaient présents:

M. Mouttet, Gouverneur, Président.
De Hersaint Gilly, Commissaire des colonies, chef du Service administratif;
Boyer, lieutenant-colonel, commandant supérieur des troupes par intérim;
Jurquet, directeur de l'Intérieur par intérim;
Chapelynck, procureur général par intérim;
Clarac, médecin principal, chef du service Santé.
Hogaret, lieutenant de vaisseau, délégué du Commissaire de la Marine;
J. Beziat, conseiller privé titulaire;
Lombain, conseiller privé suppléant;
Superville, secrétaire archiviste.

Après avoir examiné certains problèmes relatifs à la Colonie, le Conseil approuve la décision des membres ci-dessus désignés d'exiler au Gabon le Marabout Ahmadou Bamba qui doit être embarqué le 21 septembre 1895. Une pension de 50 francs par mois lui sera accordée durant son séjour au Gabon. "
 L'exil au Gabon (1895-1902) : l'épreuve L'exil d'un sahélien vers une région équatoriale humide ressemble à une condamnation à mort déguisée. La déportation de Cheikh Ahmadou Bamba vers le Gabon obéit aux cyniques méthodes de l'autorité coloniale qui n'hésitait pas à damner et déporter vers des contrées hostiles (Gabon, Guyane, Nouvelle-Calédonie, etc.) les éléments jugés dangereux ou gênants livrés face à l'animosité des convoyeurs en mer, aux maladies endémiques ou aux climat hostile. Les détails du voyage du Cheikh Ahmadou Bamba ne sont pas connus avec exactitude. Il embarqua le Vendredi 21 septembre 1895 (1er du mois islamique de Rabi) à bord du paquebot "Ville de Pernambouc" et n'apprit sa destination qu'une fois à bord. Alors que l'Almamy Samory Touré (un grand résistant à la colonisation française) était parti avec une suite et quatre femmes, le Cheikh, lui, avait refusé toute compagnie (femme, enfants, disciples). Le navire fit deux escales: la première à Conakry en Guinée, la seconde après le golfe de Guinée. Deux thèses s'affrontent concernant cette deuxième escale: selon la première, l'escale suivante fut Libreville, au nord de la côte gabonaise. La deuxième thèse soutient qu'un incident technique empêcha le navire d'accoster à Libreville et que tous les passagers furent amenés au port de Matadi sur le territoire de l'ex-Congo belge. De là, le navire longea la côte gabonaise avant d'atteindre Libreville. Cette seconde semble être la bonne puisque le Cheikh l'évoque dans ses poèmes. Mayumba La destination finale du Cheikh fut Mayumba au Gabon, endroit infesté de mouches tsé-tsé. Il s'est avéré que le Cheikh ne touchait pas sa rente et ne mangeait pas ce qu'on lui apportait; on ignore comment et de quoi il se nourrissait. Il passait ses journées à prier, à méditer et à écrire et conservait ses écrits dans des malles qu'il traînait à l'abri d'une cabane au moment des pluies. Deux incidents assez obscurs se déroulèrent à Mayumba. Le premier se produisit lorsqu'on tenta d'isoler totalement le Cheikh en l'abandonnant sur l'îlot désert de Wir Wir, simple roche recouverte par la mer à haute marée, en compagnie de Samba Laobé Penda Fall, Bourba (roi) du Djolof, accusé par l'autorité coloniale. Les deux déportés seraient miraculeusement revenus à terre avant même les marins qui les y avaient amenés. Le second incident eut lieu sur la plage de Mayumba: un projet avait été élaboré de fusiller le Cheikh mais les soldats y auraient renoncé, saisis de peur devant l'apparition "d'anges montés sur des chevaux". Plus tard, le Cheikh révéla que les compagnons du Prophète (Paix et Salut sur Lui) étaient venus lui porter secours. Le Cheikh resta cinq ans à Mayumba "Cinq années durant lesquelles, j'ai souffert et mené le combat contre mon âme charnelle et les illusions". C'est aussi durant son exil à Mayumba qu'il renonça aux miracles - apanage des saints - pour se consacrer à la purification de son âme et qu'il obtint l'Inspiration et l'Agrément d'ALLAH.
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