Lambaréné
Après cinq ans d'une existence dont les périls, l'insalubrité et les privations ne semblent avoir eu aucun effet sur lui, l'administration l'envoya à Lambaréné, au nord du Gabon, dans un petit poste perdu dans la jungle équatoriale.
A propos de ce séjour de près de trois ans, le Cheikh écrira: "J'ai subi [là] des épreuves telles que seul le retrait de l'âme [l'agonie] est plus pénible."
Toutes ces épreuves ne firent qu'augmenter la piété du Cheikh, et l'enrichirent d'une sublime expérience mystique qui lui inspira de magnifiques poèmes.
Malgré les conseils de son entourage, le Cheikh se refuse à toute démarche auprès des autorités coloniales pour solliciter son rappatriement, préferrant attendre sa libération d'ALLAH.
Ainsi, lorsque le Gouverneur Général lui accorda la "grâce" en août 1902, il revient dans son pays (le 11 novembre 1902 à bord du navire "La Ville de Maceïo") intérieurement plus riche et plus grand qu'il n'en était parti.
C'est là que réside le véritable miracle du Cheikh, signe d'une sainteté qui lui permettait de vivre, non dans la douleur et les privations, mais au-dessus d'elles, dans la sérénité la plus parfaite, non sur terre, mais en ALLAH.
La mise en résidence obligatoire
du Cheikh en Mauritanie (1903 - 1907)
De retour de l'exil du Gabon, Cheikh Ahmadou Bamba poursuivit l'éducation de ses disciples.
La dimension universelle de ce Serviteur du Prophète, authentique "Qutb"1 (pôle de son époque) ne tarda pas à se manifester et l'on vint lui rendre visite de tous les horizons, comme ce fut le cas de ce Cherif de Médine (la ville du prophète Mouhammad -PSL), Mawlay Ahmad Tibri qui fit imprimer des exemplaires de "Masaalik-ul Jinaan" (un traité de soufisme du Cheikh) ou de ce descendant d'Abu Bakr Siddiq (khalif de l'Islam) qui vint de la Mecque pour rendre visite au Cheikh.
Le nombre des adeptes du Cheikh ne cessait de croître et le développement fulgurant de l'enseignement du Cheikh (le mouridisme) demeurait une source d'inquiétude pour les colonisateurs qui se sentaient menacés à terme. Les persécutions reprirent et le Cheikh fut à nouveau accusé de stocker du matériel de guerre.
C'est alors que les colonisateurs décidèrent de l'exiler en Mauritanie, où se trouvaient de grands hommes de Dieu connus et reconnus comme tels par les Sénégalais. Ils espéraient ainsi réduire le prestige du Cheikh Ahmadou Bamba et par conséquent la ferveur de ses disciples.
Le Cheikh fut arrêté le 13 juin 1903 et envoyé en résidence surveillé à Saout-Elma (en Mauritanie). Il partit satisfait de son destin, en laissant à ses disciples des directives claires, à savoir n'adorer qu'ALLAH, vivifier la tradition du Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui), se livrer à l'enseignement et au travail loin des futilités de ce bas-monde.
Pendant cet exil, le Cheikh fut sans cesse transféré d'un camp à un autre. C'est durant cette période, à la suite d'une vision du Prophète, que le Cheikh obtint son wird : un wird exempt d'innovations, entièrement basé sur le Coran et la tradition prophétique.
Selon un écrit de Cheikh Ahmadou Bamba, le wird lui a été donné par le Prophète Mouhammad (PSL) "à l'état de veille et non en sommeil, et ce en l'an 1322 de l'Hégire du Prophète dans une localité appelée Sarsara, au cours du mois de Ramadan, "mois dans lequel on a fait descendre le Coran comme guide pour les gens et preuve [et moyen] de discernement" (Coran 2;185). ALLAH et garant de nos propos."
Ceux dont la renommée devait éclipser celle du Cheikh se jetèrent à ses pieds et lui offrirent la meilleure hospitalité, en remerciant le Seigneur de leur avoir envoyé le pôle1 de son temps, l'héritier du Prophète (Paix et Salut sur Lui).
Le Cheikh inaugurant ainsi une ère nouvelle dans l'histoire de l'Islam et de l'homme noir, démontrant que tous les hommes sont issus de la même âme, et ne se surpassent que par la crainte révérencielle qu'ils vouent à leur Créateur.
Reconnaissance par le Colonisateur de la Victoire du Cheikh.
En 1907, Cheikh Ahmadou Bamba est autorisé à rentrer au Sénégal, à la suite d'une demande du Gouverneur de Mauritanie à son homolgue du Sénégal.
Pour autant la méfiance des autorités coloniales à l'égard du Cheikh n'est pas abolie. Le Cheikh est autorisé à s'établir au village de Thiéyenne (dans le Dioloff) et des mesures sont prises pour limiter l'affluence des foules vers le Cheikh.
Le 13 janvier 1911, le Cheikh s'installe à Diourbel (dans le Baol), où il fait recopier par 17 de ses scribes de grandes quantités de manuscrits du Coran et de livres de sciences destinés à être diffusés.
En 1915, après deux années et demie de séjour dans le Baol, le Résident de l'époque devait dans un dernier rapport, sans doute le seul objectif depuis 1895 sur le guide spirituel mouride, s'adresser en ces termes aux instances de l'A.O.F (Afrique Occidentale Française):
"Après deux années et demie de séjour, d'observation et de commandement dans le Cercle du Baol (Sénégal), j'ai l'honneur de vous exposer les remarques que j'ai pu faire sur Ahmadou Bamba et ses Mourides.
Dans les premiers mois de mon séjour à Diourbel, je vous ai adressé plusieurs rapports au sujet de mes contacts avec le Sérigne et ses Mourides. Par ces documents vous avez pu voir que si mes premiers rapports avec Ahmadou Bamba ne furent pas très confiants, ils ne tardèrent pas à s'améliorer et Ahmadou Bamba fut mis rapidement en confiance".
Le Résident, après avoir insisté sur l'aide appréciable que lui a apporté Ahmadou Bamba pour le recrutement de tirailleurs et sa contribution efficace au secours national (guerre de 1914-1918, notamment contre l'Allemagne) déclarait:
"Dans son étude sur Ahmadou Bamba et les Mourides, M. l'officier interprète R. Marty lui prête des intentions de réunir entre ses mains la puissance temporelle à la puissance spirituelle.
Dans plusieurs de nos conversations, j'ai parlé au Serigne des projets qui lui étaient attribués.
Il s'en est défendu et m'a déclaré que ses rapports avec les chefs politiques du pays avaient été les mêmes que ceux qu'il avait eu avec nous.
Le Damel du Cayor, le Teigne Gogne et bien d'autres chefs, etc.... avaient pendant leur règne, recommandé qu'on le laisse en paix et qu'on lui donne la tranquillité. Il aime à le rappeler."
"Nous sommes certains que Ahmadou Bamba n'aspire qu'à la tranquillité, à la liberté de se livrer sans entrave à ses études théologiques, juridiques et littéraires.
Chacun s'accorde à reconnaître qu'il est remarquablement instruit en arabe (langue et littérature) et a des connaissance surprenantes sur les oeuvres des auteurs arabes pour un Noir du Sénégal qui n'est pour ainsi dire pas sorti de son pays."
"En ne le mêlant pas aux infractions dont les talibés se rendaient coupables, nous nous trouvions être dans la vérité, car il n'avait aucune responsabilité dans ces actes et le plus souvent, c'est par nous qu'il apprenait lorsque nous avions l'occasion de lui en parler."
"Il est très charitable et donne à ceux qui se présentent; il est constamment en butte aux importunités des quémandeurs. Tout l'argent dont il dispose est employé en aumône, en cadeaux à ses cheikh, à l'entretien de certains de ses parents et de ses fidèles et surtout à l'achat de livres etc.
Son influence sur ses compatriotes est considérable, non seulement sur ses propres adeptes mais aussi sur tous les autres musulmans qui le déclarent un Saint Marabout, le plus pieux et le meilleur serviteur de Dieu qui a obtenu du Très Haut des grâces spéciales".
"En le traitant avec la déférence que l'on doit avoir à l'égard d'un homme âgé et respecté par ses compatriotes et qui a conscience de cela, nous avons rapidement acquis sa confiance.
Nous pouvons dire que Ahmadou Bamba n'est pas un ingrat car il a conservé une réelle reconnaissance à ceux qu'à tort ou à raison il considère comme ayant agi en faveur du mouridisme".
(Extraits du rapport de fin de séjour sur Ahmadou Bamba, adressé en 1915 au Gouverneur Général de l'A.O.F. par le Résident du Baol.)
En 1907, Cheikh Ahmadou Bamba est autorisé à rentrer au Sénégal, à la suite d'une demande du Gouverneur de Mauritanie à son homolgue du Sénégal.
Pour autant la méfiance des autorités coloniales à l'égard du Cheikh n'est pas abolie. Le Cheikh est autorisé à s'établir au village de Thiéyenne (dans le Dioloff) et des mesures sont prises pour limiter l'affluence des foules vers le Cheikh.
Le 13 janvier 1911, le Cheikh s'installe à Diourbel (dans le Baol), où il fait recopier par 17 de ses scribes de grandes quantités de manuscrits du Coran et de livres de sciences destinés à être diffusés.
En 1915, après deux années et demie de séjour dans le Baol, le Résident de l'époque devait dans un dernier rapport, sans doute le seul objectif depuis 1895 sur le guide spirituel mouride, s'adresser en ces termes aux instances de l'A.O.F (Afrique Occidentale Française):
"Après deux années et demie de séjour, d'observation et de commandement dans le Cercle du Baol (Sénégal), j'ai l'honneur de vous exposer les remarques que j'ai pu faire sur Ahmadou Bamba et ses Mourides.
Dans les premiers mois de mon séjour à Diourbel, je vous ai adressé plusieurs rapports au sujet de mes contacts avec le Sérigne et ses Mourides. Par ces documents vous avez pu voir que si mes premiers rapports avec Ahmadou Bamba ne furent pas très confiants, ils ne tardèrent pas à s'améliorer et Ahmadou Bamba fut mis rapidement en confiance".
Le Résident, après avoir insisté sur l'aide appréciable que lui a apporté Ahmadou Bamba pour le recrutement de tirailleurs et sa contribution efficace au secours national (guerre de 1914-1918, notamment contre l'Allemagne) déclarait:
"Dans son étude sur Ahmadou Bamba et les Mourides, M. l'officier interprète R. Marty lui prête des intentions de réunir entre ses mains la puissance temporelle à la puissance spirituelle.
Dans plusieurs de nos conversations, j'ai parlé au Serigne des projets qui lui étaient attribués.
Il s'en est défendu et m'a déclaré que ses rapports avec les chefs politiques du pays avaient été les mêmes que ceux qu'il avait eu avec nous.
Le Damel du Cayor, le Teigne Gogne et bien d'autres chefs, etc.... avaient pendant leur règne, recommandé qu'on le laisse en paix et qu'on lui donne la tranquillité. Il aime à le rappeler."
"Nous sommes certains que Ahmadou Bamba n'aspire qu'à la tranquillité, à la liberté de se livrer sans entrave à ses études théologiques, juridiques et littéraires.
Chacun s'accorde à reconnaître qu'il est remarquablement instruit en arabe (langue et littérature) et a des connaissance surprenantes sur les oeuvres des auteurs arabes pour un Noir du Sénégal qui n'est pour ainsi dire pas sorti de son pays."
"En ne le mêlant pas aux infractions dont les talibés se rendaient coupables, nous nous trouvions être dans la vérité, car il n'avait aucune responsabilité dans ces actes et le plus souvent, c'est par nous qu'il apprenait lorsque nous avions l'occasion de lui en parler."
"Il est très charitable et donne à ceux qui se présentent; il est constamment en butte aux importunités des quémandeurs. Tout l'argent dont il dispose est employé en aumône, en cadeaux à ses cheikh, à l'entretien de certains de ses parents et de ses fidèles et surtout à l'achat de livres etc.
Son influence sur ses compatriotes est considérable, non seulement sur ses propres adeptes mais aussi sur tous les autres musulmans qui le déclarent un Saint Marabout, le plus pieux et le meilleur serviteur de Dieu qui a obtenu du Très Haut des grâces spéciales".
"En le traitant avec la déférence que l'on doit avoir à l'égard d'un homme âgé et respecté par ses compatriotes et qui a conscience de cela, nous avons rapidement acquis sa confiance.
Nous pouvons dire que Ahmadou Bamba n'est pas un ingrat car il a conservé une réelle reconnaissance à ceux qu'à tort ou à raison il considère comme ayant agi en faveur du mouridisme".
(Extraits du rapport de fin de séjour sur Ahmadou Bamba, adressé en 1915 au Gouverneur Général de l'A.O.F. par le Résident du Baol.)
Ces citations révèlent sans doute implicitement, les erreurs des pouvoirs administratifs de 1895 qui, hantés par le souvenir des marabouts conquérants, avait placé le fondateur du mouridisme dans la perspective de cette époque agité de colonisation.
M. Merlin, directeur des Affaires politiques de la Colonie, a tenu à l'égard du Cheikh, les propos suivants:
"La plus grande preuve de sa sincérité dans son entreprise est qu'il se consacre âme et corps à sa religion. Se sacrifier dans l'intérêt de la religion est, pour lui, la chose la plus facile ...".
La vérité est ce que reconnaissent les ennemis.
Le 28 avril 1916, le Gouvernement Général de l'Afrique Occidentale Française nomme le Cheikh Ahmadou Bamba, membre du Comité consultatif des Affaires Musulmanes. Mais le Cheikh, fidèle à son attitude de toujours, s'écartait des chefs de ce bas-monde pour se consacrer à l'adoration d'ALLAH et à l'éducation spirituelle des musulmans, si bien qu'il n'alla jamais siéger dans ce comité.
En 1925, soit deux années avant son retour au Seigneur, le Cheikh obtient l'autorisation de la construction de la Mosquée de Touba, mosquée qui sera inauguré le 7 juin 1963.
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