LES ETHNIES

  Il existe au Sénégal de nombreuses ethnies. Certaines sont depuis longtemps installées dans la région, dautres sont venues plus tard au gré des guerres, conquêtes, sécheresses, etc... Le recensement de la population est extrêmement difficile en Afrique du fait de la grande mobilité des habitants et dun Etat-civil naissant. Sur cette page 22 communautés principales sont présentées. Mais à l'intérieur de chaque ethnie, il existe souvent des sous-groupes qui parlent des langues parfois très différentes des autres sous-groupes de la même ethnie. Ces patois sont assez souvent régionaux. On pourrait parler des Sérères de Thiès qui ne parlent pas exactement le même Sérère que les Fadiouths. On pourrait parler des Diolas Fognys, Diolas Essils, Diolas Floup, Diolas Karolinkas, Diolas Bayot, etc... qui chacun parlent une langue assez différente des autres. Cest avec ces différences que lon voit la complexité du paysage social des ethnies et surtout sa richesse. NB : le pourcentage de répartition des différentes communautés est indiqué ci-dessous "à titre indicatif", selon des estimations ou des recensements parfois discutables. Senegalaisement.com reçoit régulièrement des emails de membres de la plupart des ethnies qui affirment leur nombre sous-estimé. Comme il est peu probable qu'il y ait 300% de Sénégalais, on s'en tient donc aux chiffres indiqués ci-dessous...

  Les Peulhs, Toucouleurs, Sarakolés

Les Peulhs (5%) : Cest incontestablement une des ethnies les plus connues dAfrique et sûrement la plus disséminée : ils représentent un pourcentage non négligeable de la population dans les pays suivants : Mauritanie, Sénégal, Mali, Tchad, Guinée, Guiné-Bissau, Sierra-Léone, Libéria, Burkina, Niger, Nigéria mais sont descendus durant leurs conquêtes jusquen Centrafrique ou au Cameroun ! A travers les pays, on les appelle de nombreuses manières : les Peulhs, les Fulas, les Fulanis, les Pulaars, les Haal-Pulars, ....mais la langue reste la même et les coutumes sont inchangées depuis les ancêtres. Musulmans orthodoxes ou membres de la confrérie Tidjane, leur activité traditionnelle est l'élevage. Mais au fil des années, les difficiles conditions climatiques et l'explosion démographique les ont forcés à exercer dautres professions : coiffeur, taximan et petit marchand sont les principales. Leur petite taille, leur teint clair et leurs traits fins les font souvent passer pour des métis. Les légendes touchant à lorigine des Peulhs sont très nombreuses. On dit par exemple qu'ils viendraient d'Éthiopie ou d'Egypte! Leurs similitudes avec les guerriers Massaïs du Kenya sont nombreuses : peuple nomade vénérant les bovins qui font leur richesse à tel point qu'en tuer ou en vendre un est un acte impensable. Cette vénération fait la pauvreté des Peulhs ruraux car leur travail ne leur rapporte pas de quoi vivre. Les troupeaux devant rester dans la famille il nest pas rare de voir se concrétiser des mariages entre proches cousins. Les bovins de plus en plus nombreux nont plus de quoi se nourrir et meurent de faim durant les mois secs de lannée (ça a été le cas durant le terrible pré-hivernage 1998). On accuse pour cela les Peulhs d'appauvrir le pays et de contribuer à la désertification par l'appauvrissement des sols. Les régions où le pourcentage de Peulhs est le plus important sont comprises à lest dun ligne Podor-Kolda. Les noms de famille sont très rares : plus de la moitié des Peulhs s'appellent BA ou Diallo ! Ba est cependant plus courant en Guinée. Les prénoms masculins sont les mêmes que les autres ethnies musulmanes (Mamadou, Abdoulaye, Lamine...). Les prénoms féminins ont eux plus tendances à ajouter le suffixe mata : Oulymata, Fatoumata, .... NénéGalé est également assez courant chez les Peulhs. Les Peulhs sont assez peu scolarisés et on les retrouve rarement aux hautes places en politique comme en affaires. Lexode rural les a également touché et on retrouve ainsi des dizaines de milliers de Peulhs à Dakar. Voir le lexique Peulh-Français que nous envoie Christophe Baudoin. Voir la page sur l'architecture traditionnelle au Sénégal.

Les Toucouleurs (10%) : Très proches historiquement et socialement des Peulhs, ils vivent dans les mêmes régions. Ils sont cependant plus impliqués dans la vie économique du pays. Ce sont les Grands Guerriers du Sénégal. Fiers de leur ancêtre El Hadji Omar Tall qui venu de Halwar à 20 km de Podor, dans lîle à Morphil, a ensuite organisé un groupe de djihad (guerre sainte) qui ont d'abord commencé à agir au niveau de la zone sylvo pastorale du Ferlo, puis en Gambie, en Casamance, à Tamba, au Mali pour finir à Dinguiraye en Guinée ( où il repose aujourdhui dans le fameux Tata de Dinguiraye dans les montagnes du Fouta Djalon guinéen). Leurs traits sont fins à linstar des Peulhs mais ils sont de plus grande taille et ont la peau plus noire. Grands commerçants ils détiennent comme les Nars mauritaniens un grand nombre de petites boutiques. Maître dans lart de la grillade ils ont ouvert en outre un grand nombre de dibiteries vendant ainsi la viande des moutons élevés par leur famille.

Les Sarakolés (3%) : Cette ethnie au passé glorieux subit depuis le début du siècle une véritable agression des Mauritaniens. Il ny a aujourdhui que très peu de communautés Sarakholées, la plupart ayant choisi d'émigrer individuellement vers le Sud. Comme nous le rappelle Ibrahima CISSE, cette ethnie nest ni sédentaire, ni nomade. Présente, dans le triangle de lOMVS, elle l'est tout aussi en haute Casamance des deux côtés de la frontière nord de la République de Gambie. M. CISSE nous rappelle également que le conflit qui a opposé la Mauritanie au Sénégal venait notamment des questions litigieuses entre agriculteurs Sénégalais et éleveurs Mauritaniens. Les Sarakholés sont apparentés aux Soninkés.

  Les Wolofs, Lébous, Sérères

 Les Sérères (17%) : Ils sont incontestablement l'élite du pays. A la tête des hauts postes de l'administration et chefs de grandes entreprises, le pouvoir leur donne une importance historique. Le premier Président, Léopold Sedar Senghor, était Sérère (né à Djilor et élevé à Joal). Cela est dû sans nul doute à la religion des Sérères. Certes musulmans, les Sérères forment la deuxième communauté catholique du pays. Cest surtout la plus ancienne. Les Sérères sont les premiers africains convertis à cette religion. Aujourdhui l'action missionnaire est importante et chapelles ou églises ont leur place dans tous les villages. Cest grâce à la communauté catholique que les Sérères forment la matière grise du pays. En fait devant le déficit d'enseignement à l'échelle nationale, les différents diocèses ont créé de nombreuses écoles privées catholiques aussi efficaces que prestigieuses. Les Maristes, Jeanne dArc, St Michel... ont formé la plupart des patrons et hauts fonctionnaires sénégalais. Grâce à du matériel performant et à des professeurs de qualité les Sérères ont de loin le meilleur taux d'alphabétisation du pays. Culturellement et historiquement les Sérères ont un passé prestigieux de guerriers. Les fameux alignements de pierres de Nioro du Rip ont été construits sans doute par ces Sérères plus généralement appelés Saloum-Saloum. Ils sont à lorigine du sport national : la lutte sérère qui fait le plaisir télévisé dominical des sénégalais. La plupart des champions sont sérères bien que des de très bons lutteurs Diolas fassent trembler le Stade Demba Diop ou se déroulent les épreuves nationales. Ainsi trois stars sérères sont à la tête de cette discipline: Manga le Fadiouthien, Mohammed Ndao (Tyson) et Mohammed Ali. Ils sont répartis sur la côte de Rufisque jusquà la frontière gambienne. La pénétration dans le territoire va jusquà Kaolack ou Fatick. Photo à droite : lutteur, champion de Fadiouth, en tournoi à Palmarin Ngallou.

Les Wolofs (27%) : Omniprésents au-dessus dune ligne Dakar-Tambacounda, leur nombre leur a permis dès l'indépendance d'imposer leur langue comme langue nationale. Juste avant le français, cest la langue la plus comprise par les différentes ethnies sénégalaises. Les Wolofs sont traditionnellement des cultivateurs sédentaires qui produisent l'essentiel de l'arachide du pays. S'ils ne sont pas commerçants de nature, ils détiennent néanmoins quelques boutiques sur l'ensemble du territoire. Malgré leur majorité en nombre, ils nont jamais été au pouvoir autant que l'ont été les Sérères pourtant beaucoup moins nombreux. Grands et élancés ils sont très noirs. Ils sont très accueillants et les ménagères sont les cordons bleus du pays. Soulignons à ce propos que les Wolofs sont à l'origine des desserts au Sénégal avec le Fondé et le Lakh. Ils sont à 90% musulmans et constituent la majorité des Talibés de la confrérie mouride. Parmi leurs noms de famille les plus courants on peut citer SALL, FAYE, DIAGNE, MBACKE, NDIAYE, ... On dit les Wolofs descendants de Sérères et de Sarakolés.

Les Lébous (7%) : Bien quils soient une ethnie à part entière ils sont presquentièrement wolofisés. Ce sont les premiers et principaux occupants de la presquîle du Cap Vert. Peuple de pêcheurs on les retrouve de Rufisque au Sud à Kayar au Nord. Bien qu'ils habitent la plus grande et la plus moderne ville du pays ils ont un taux d'alphabétisation déplorable et sont accusés par de nombreux membres des autres ethnies davoir les villages les plus sales d'Afrique de lOuest. Il est vrai que N'gor village, Yoff pêcheur, Rufisque, Kayar, Yérakh, Thiaroye ou Pikine sont défigurés par l'extrême saleté des rues. Chacun nettoie certes chez soi mais la notion de propreté collective a du mal à rentrer dans les moeurs. Ainsi ne pensez pas vous baigner sur la plage bordant un village Lébou. Elles servent en effet de lattrines pour les enfants et surtout de poubelles pour les ménagères qui ont pourtant à leur disposition des bennes vidées régulièrement. Les Lébous sont en majorité musulmans de confrérie Layène. Leurs noms les plus courants sont GUEYE, SAMBOU BAKHOUM. On tend de plus en plus à les associer aux Wolofs dont ils ont adopté à quelques mots près la langue.

  Les Casamançais

Les Casamançais sont constitués des ethnies habitant la riche zone forestière de Casamance qui annonce les premières zones de forêts pluviales africaines. Toutes ces aires africaines de forêt dense abritent une forte densité d'ethnies. Cest donc aussi le cas pour la Casamance. Les forestiers casamançais sont à majorité catholiques mais ont une lointaine tradition animiste quils souhaitent souvent préserver. Les ethnies forestières casamançaises se retrouvent de la Gambie jusqu'en Guiné-Bissau voir jusqu'en Guinée.

Les Manjaks (1%) : A linstar des Balantes ils vivent principalement en Guinée-Bissau. Ce sont de très bons artisans et leur principal talent se trouve dans la fabrication de pagnes. Ce sont également de très bons sculpteurs. Ils font souvent vivre le pays de lextérieur car ils ont émigré en masse et occupent dans le monde entier des places très qualifiées. Sans compter nos sportifs champions du monde (Mendy le boxeur, les footballeur Gomis, Mendy etc...). Les noms de famille les plus répandus sont Mendy, Gomis, etc...

Les Diolas (9%) : Ils sont de loin lethnie majoritaire. En fait les Diolas (Joola) sont divisés en de nombreux sous-groupes qui parfois ne se comprennent même pas : les Essils (vers Thionk), les Fognys (vers Baïla), les Erings, les Bayots(au Sud), les Floups (à Oussouye) ... Ils sont pour la plupart agriculteurs mais les missions catholiques prodiguant un enseignement de qualité, on les retrouve aujourdhui dans de bonnes places d'administrateur et même dans les hautes sphères du pouvoir. Ils sont discrets et fiers de nature. La forêt et les bolongs nont aucun secret pour eux. L'ethnie la plus connue est sans aucun doute les Floups dont le roi, le roi d'Oussouye, exerce encore des pouvoirs traditionnels importants. Cependant il semble que le dialecte Fogny soit le plus répandu. Ils sont en majorité catholiques. Leurs noms de famille les plus courants sont Diatta, Badji, Sagna,Goudiaby, Mane, Sane, Badiatte, Bassene, Himbane,....La photo de droite de Benjamin Bourgoin représente une fête traditionnelle diola à Ekonkone.

Les Balantes (2%) : Cest une ethnie dont la plupart des membres sont en Guinée Bissau. Cest dailleurs l'ethnie la plus importante de ce pays. Ils sont cultivateurs dans toute la région frontalière. Leur spécialité est la culture d'anacardier dont ils tirent de sa pomme le vin de cajou appelé Cadjou. Leur morphologie ressemble à celle des Diolas quoiqu'un peu plus claire. Ils sont connus en Casamance pour être voleurs car un Balante pour prouver son courage à sa future épouse doit voler un boeuf ! Une grande victoire des Balantes en Septembre 2000 est la reconnaissance de leur langue comme langue nationale au Sénégal. Son écriture est désormais normalisée et le Balante sera enseigné à l'école au même titre que le wolof, le Sérère, le Diola, le Peulh et le Mandingue.

Les Mankagnes (1%) : Tout comme les Manjaks et les Balantes ils vivent pour la plupart en Guinée-Bissau. Leur principale activité en milieu rural est la culture du riz. Les traditions Mankagnes font que les étrangers sont reçus chez eux avec encore plus d'attention qu'ailleurs. Leur gentillesse n'a d'égal que a leur générosité. Ils sont catholiques. Parmi leurs noms de famille les plus courants on peut citer Samy et Badiana.

 Les Baïnouks (2%) : Cest l'ethnie dont les membres ont la plus petite taille du pays. Ils sont très peu nombreux en Casamance et occupent quelques rares villages ou quartiers. Comme les autres forestiers ils sont souvent agriculteurs. Ils sont aussi souvent catholiques que musulmans. Le nom de famille Baïnouk le plus répandu est Diandy. Il semble selon de nombreux historiens quils soient l'ethnie la plus ancienne de Casamance.

Les Karoninkas (1%) : Très proches des Diolas ils vivent principalement au Sud Ouest de la Gambie à la frontière Casamançaise. Mais on en rencontre jusquà Diouloulou. Ils sont agriculteurs et catholiques. Les îles Karones auxquelles ils ont donné leur nom sont un dédale de mangroves et d'îles inaccessibles où est cultivée la plus grosse partie de la marijuana du pays. Leur savoir-faire dans ce domaine est d'ailleurs incontestable.

Les Pepels (1%) : Nino Veiria, l'ex-Président Bissau-guinéen fait partie de cette ethnie. Cest autour de la ville de Bissau quils sont les plus nombreux et le nombre de Pepels en Casamance est très faible. Contrairement aux autres ethnies, leur principale activité est la chasse. Ils ne peuvent malheureusement pas la pratiquer en Casamance. Ils sont catholiques. Leur nom de famille sont le plus souvent d'origine portugaise (Cunia, Veiria, Ca, Monteiro...)

Les Niaks et Mandingues Chasseur malinkéso Les Malinkés (4%): Malgré leur religion musulmane, ils sont considérés comme les grands sorciers du Sénégal. Leur animal fétiche, le lion, est présent dans tous les récits et légendes, et nombreux sont ceux qui paraît-il se transforment en félins sanguinaires. Comme les Bambaras, les Malinkés sont des Mandingues. Assez nombreux dans le Sénégal oriental à la frontière malienne, ils vivent en quartier clos et les vieux sont craints de la population. Si vous voyez un jour un homme recouvert de feuilles et de boue et suivi par un jeune apprenti, soyez certain que c'est un Malinké qui contre quelques pièces va de case en case prédire le futur aux mères de famille à la fois amusées et inquiètes. Dans toutes cette partie de l'Afrique rurale, certains initiés forment des sociétés secrètes et des confréries de chasseurs. Un grand rassemblement de ces chasseurs fétichistes malinkés du Sénégal, du Mali, du Burkina, etc.. s'est tenu fin 2001 à Bamako. Certains ont même ramené en pleine ville leurs animaux de compagnie... des hyènes, des vipères heurtantes ou des chacals... o Les Bambaras(2%): En dépit de leur très proche parenté avec les Malinkés, les Bambaras sont parfois considérés au Sénégal comme des Niaks cest à dire des noirs non sénégalais. Il est vrai que le noyau de l'ethnie se trouve au Mali. Les quelques rares Bambaras vivent dans la région de Tambacounda et plus spécialement à l'est du département de Kédougou. Musulmans convaincus ils nont pas cette activité de sorciers que cultivent leurs cousins Malinkés.

Les ethnies autochtones rares Masque Bassario Les Bassaris (1%): Connus au Sénégal pour avoir conservé leurs traditions, ils habitent dans les villages les plus inaccessibles du pays. Cachés dans les montagnes, on ne peut souvent les atteindre quà pied. Leur langue nest connue que d eux-seuls. Certains ont été évangélisés par les missionnaires présents depuis 1975 (Mission du Père Jean à Salémata). DEbarak à Salémata, la hiérarchie est la même quau début du siècle lorsque les premières invasions Peulhs les ont poussé sur les plus hauts sommets du Fouta Djalon. Chasseurs émérites, ils sont également d'habiles apiculteurs. Ils nont pas plus d'une dizaine de nom de famille (tous commencent par la lettre B) parmi lesquels figurent Bianquinch ou Boubane . La photo de droite montre un Bassari avec un de leur fameux masques de cérémonie d'initiation (photo Nadia GROLIER es Tendas Bediks (1%): Animistes des montagnes du Sénégal oriental, ils ont les mêmes rites que les Bassaris. Très peu nombreux, ils habitent dans des villages perchés sur des montagnes (Landini, Andiel, Bandafassi, Ibel, etc..). Leurs noms de famille ont été calqués sur ceux des Mandingues (Malinkés) qui les ont envahis au début du siècle: Keita, etc.. Les Coniaguis (

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